L’IA, pour retrouver un PO plus humain
Product Owner, un rôle essentiellement humain
Propriétaire et leader de son produit, le PO est responsable de maximiser la valeur du produit résultant du travail de l’équipe. Cette responsabilité le place naturellement au centre de nombreuses activités et interactions humaines, que l’on peut regrouper en trois types.

Voir grand
Il doit d’abord “voir grand”, afin de construire une vision et une stratégie produit. Dans cette approche, le PO va faire preuve d’empathie, pour bien comprendre les besoins, les enjeux et les contraintes exprimés par les parties prenantes. Il saura être visionnaire, afin d’anticiper un futur désiré dans lequel les utilisateurs auront une vie différente et meilleure. Il laissera s’exprimer sa créativité, pour imaginer un produit offrant de nouvelles possibilités, permettant de nouveaux usages, ou des décisions facilitées.
Empathie, anticipation, créativité, des qualités essentiellement humaines. Une fois cette vision produit définie, il s’agit d’y faire adhérer tout un ensemble de parties prenantes. Des clients côté métier, représentant d’utilisateurs, ou qui financent le produit, des responsables juridiques, des équipes marketing et commerciales, des équipes de réalisation… Chacun possède sa propre compréhension du contexte, avec son prisme et son vécu. Pour expliquer sa vision du produit, et obtenir l’adhésion recherchée, le PO va s’appuyer sur sa compétence en communication, avec un travail de clarification et de reformulation adaptée à chaque interlocuteur.
Raconter la bonne histoire, avec le bon vocabulaire.
Regarder et agir localement
Lorsque la réalisation du produit est en cours, le Product Owner adapte son niveau de zoom. En plus de communiquer sa vision produit, il va “regarder et agir localement”, en interaction forte avec l’équipe de réalisation. C’est ici que l’on trouve les activités classiquement en lien avec la gestion du backlog : explicitation des besoins utilisateurs, formulation des fonctionnalités à réaliser et des manières de les valider, priorisation… La granularité des éléments manipulés est plus fine, les interlocuteurs sont plus ciblés, mais au final, le travail du PO consiste toujours ici à montrer de l’empathie, et à exprimer clairement une vision cohérente du produit qui reflète sa compréhension des besoins et attentes des utilisateurs.
Être un hub de collaboration
Enfin, le Product Owner ne peut pas se contenter d'être continuellement un intermédiaire entre les différentes populations que nous venons d'évoquer. Bien que très courante, cette situation est cependant synonyme de “bus factor = 1”. Cette métrique représente pour une équipe le nombre de personnes clés pouvant se faire renverser par un autobus avant que le projet n’échoue. Si le PO est indispensable à toute collaboration ou communication d’information autour du produit, cela constitue un risque pour l’équipe, et pour l’organisation dans son ensemble. Au-delà de ce risque évident, c’est avant tout une question de santé mentale pour le PO. Il a tout intérêt à faciliter la mise en relation et la diffusion directe de l’information entre tous ses interlocuteurs. Le PO est donc aussi responsable de créer une dynamique de collaboration, et d’y intégrer toute personne y ayant intérêt. La mise en œuvre opérationnelle de cette dynamique peut prendre des formes variées suivant les organisations, mais le principe sous-jacent est fondamentalement humain. Le Product Owner veut amener les personnes gravitant autour du produit à mieux se comprendre pour limiter les ambiguïtés et les interprétations. Les échanges sont plus faciles, car les interlocuteurs ont été mis en relation et se connaissent, et plus rapides avec des interactions directes.
Une démarche vertueuse, qui permet à chacun de contribuer à un objectif commun. Le PO crée le cadre d’un partenariat au service de l’impact utilisateur.Cette description du rôle n’est pas une utopie. Elle a pour but d’inspirer les Product Owners dont le quotidien en est trop éloignée, ceux pour qui la production de documents de tous types prend le pas sur les interactions décrites précédemment. Il s’agit parfois d’un refuge, lorsque le PO n’est pas à l’aise avec la dimension humaine de son rôle, plus souvent d’une attente explicite de l’organisation, et qui s’auto-alimente.
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L’IA, pour se libérer du mécanique
Soyons honnêtes, l’IA générative fait maintenant partie de notre quotidien à tous, et constitue un vrai levier de productivité. Bien utilisée, elle automatise une partie du travail “d’usine” : rédiger, trier, synthétiser. Le Product Owner doit en tirer profit pour alléger sa charge de travail.
Avec les bonnes informations de contexte, l’IA peut facilement produire des user stories accompagnées de leurs critères d’acceptation. Il ne reste qu’à les affiner avec l’équipe de réalisation pour créer une compréhension partagée du besoin fonctionnel.
The Product Owner must be human. [...] The Product Owner is not defined by analyzing and writing detailed Product Backlog Items.
(Le Product Owner doit être un être humain. [...] Le Product Owner n'est pas défini par l'analyse et la rédaction d'éléments détaillés du Product Backlog.)
De même, résumer un document pour en extraire les messages importants à destination d’un comité est tout à fait dans ses cordes. Aucune raison de s’en priver.
Autre situation où l’IA excelle : synthétiser de grandes quantités de données. Dans une démarche orientée produit, nous pensons naturellement aux retours utilisateurs, aux interviews, ou aux tickets de support.
Toutes ces activités finalement assez mécaniques font partie du quotidien du PO. Les automatiser via l’IA représente un gain de temps considérable. C’est l’occasion pour lui de se recentrer sur les fondamentaux de son rôle : les qualités humaines, que l’IA ne peut pas aujourd’hui remplacer.
Retrouver l’humain derrière le PO
Comprendre les utilisateurs, au-delà des données
Dans un monde où la donnée est devenue facilement accessible et sacralisée, il est tentant pour le PO de n’envisager les utilisateurs qu’à travers les métriques d’observabilité remontées par le suivi de production, les résultats d’enquêtes, ou encore les scores NPS. Certes, toutes ces données ont leur utilité, et peuvent servir à alimenter la réflexion autour du produit, ou bien le contexte fourni à une IA, mais elles ne sont que des proxys.

Le Product Owner se doit d’aller sur le terrain, en immersion, à proximité des utilisateurs. Ce n’est pas toujours facile, et cela peut demander quelques efforts d’organisation, ainsi que l’accompagnement d’un expert UX, mais c’est à ce prix qu’il pourra mener des entretiens beaucoup plus qualitatifs, et comprendre les motivations profondes des utilisateurs, leurs aspirations, leurs craintes aussi.
L’IA peut analyser des verbatims, dégager des tendances d’usage, mais elle ne peut pas observer la réalité du terrain. Elle ne peut faire preuve d’empathie, et reconnaître une frustration dans un silence, une hésitation dans un geste, une émotion dans un regard.
Entretenir une relation de confiance avec les parties prenantes
Un produit s’inscrit généralement dans un écosystème, celui de l’entreprise, qui vient avec ses directives, ses dépendances, ses processus. Le Product Owner a besoin de soigner ses interactions avec les parties prenantes, qui représentent tout ou partie de cet écosystème. Parce qu’il sera en écoute active de leurs besoins et de leurs contraintes, il saura les intégrer dans sa stratégie produit. En apprenant à comprendre la personnalité de chacun, il pourra adapter son discours, et transmettre plus facilement ses messages, ses interrogations, ses demandes. C’est aussi un excellent moyen d’anticiper les tensions, ou les jeux politiques qui ne manqueront pas de survenir, par exemple lorsqu’il s’agira pour le PO de clarifier les enjeux de chacun, et de les aligner sur une même vision produit.
En travaillant sur ces bases des interactions humaines, le Product Owner pourra établir et entretenir dans la durée une relation de confiance avec chaque partie prenante. Cette confiance est nécessaire. Et bien souvent, elle traduit le niveau de légitimité du PO dans l’organisation.
L’IA peut préparer un argumentaire ou une synthèse, mais elle ne peut pas sentir qu’une partie prenante n’est pas convaincue. Elle ne peut gérer un conflit latent, saisir une dynamique politique, et encore moins inspirer la confiance.
Incarner la vision produit
Précisons d’abord ce que nous appelons vision produit. Ce n’est pas un document, ni un caneva, ni même un slogan. Ces différents supports n’existent que pour en faciliter la création ou la communication. La vision produit, c’est avant tout une direction incarnée par le Product Owner, vers un futur désiré pour les utilisateurs. En s’appuyant sur son expérience, sur sa compréhension du marché, sur sa capacité à fédérer autour de lui, il va construire une histoire cohérente racontant la progression des utilisateurs à travers les capacités offertes par le produit. Par sa présence, sa manière de transmettre cette conviction, le PO donne vie à cette histoire, et suscite l’adhésion de ses interlocuteurs. Incarner une vision produit, c’est à la fois une question de leadership et de communication.

Pour rendre cela possible, le Product Owner doit allouer une partie de son temps à explorer les tendances du marché, analyser les signaux faibles, imaginer des futurs possibles, affiner la stratégie de progression des utilisateurs.
L’IA peut aider à structurer des documents, à remplir des canevas, à formuler des slogans percutants, mais pas à ressentir ce qui est juste, à faire confiance à son intuition, à faire adhérer et embarquer les autres par sa simple présence.
Renforcer sa culture produit et celle de l’organisation
Plus largement, le Product Owner peut profiter du temps gagné par l’utilisation de l’IA en investissant dans son propre développement, au service de son entreprise. La culture produit, les pratiques, les outils qui la soutiennent, sont autant de sujets en constante évolution, et sur lesquels il doit se maintenir à jour. L’objectif est d’abord de se sentir plus à l’aise dans son rôle.
D’un point de vue pratique, à chacun de trouver le format d’apprentissage qui lui convient. Lectures, formations, conférences, sont des moyens classiques, plutôt individuels. Pour envisager un mode plus collectif et collaboratif, le PO peut se tourner vers des échanges avec des pairs, du codéveloppement, ou encore l’intégration d’une communauté de pratiques.

Maintenir ses compétences à l’état de l’art va permettre au Product Owner qui le souhaite d’envisager une autre dimension humaine du rôle, tournée non plus vers les utilisateurs ou les parties prenantes, mais vers les autres PO de son organisation. Il saura plus facilement diffuser la culture produit, les principes d’une démarche centrée sur les utilisateurs, structurer et enrichir les pratiques. Si le cadre s’y prête, il pourra proposer un accompagnement, du mentoring, voire la mise en place d’une communauté de pratiques.
L’IA peut aider à l’auto-formation, apporter de nouvelles formes d’apprentissage, mais elle ne peut remplacer la richesse des interactions humaines. Elle ne détecte pas la détresse d’un PO en difficulté qui a besoin d’un mentor, ni le mauvais usage d’une pratique produit.
En résumé
Le Product Owner est un rôle essentiellement humain, qui regroupe trois grands types d’activités et d’interactions : voir grand, regarder et agir localement, être un catalyseur de collaboration. Son quotidien est pourtant trop souvent orienté delivery, et submergé par des activités de production.
Une bonne partie de ces activités mécaniques peut maintenant être déléguée à l’IA. Comment le PO peut-il utiliser à bon escient le temps libéré ? En se recentrant sur l’humain, la compréhension profonde des utilisateurs, la relation de confiance avec les parties prenantes, l’incarnation de la vision produit.
L’IA est une opportunité de retrouver du temps, à chaque Product Owner de s’en saisir pour faire de son rôle un ambassadeur du produit, plutôt qu’un gestionnaire de backlog.